Wiño Tüwun
Voyage à l’origine
Thèse
(2021)
Réfléchir à de nouvelles formes de tourisme fait évoluer le tourisme, et plus encore, cela l’enrichit. Barcelone a toujours montré un intérêt pour les diverses cultures, ayant été l’hôte de l’Exposition universelle de 1888 montrait déjà l’intérêt de la ville à faire connaître les autres peuples.
Bien que l’Espagne ait d’immenses liens culturels avec l’Amérique latine, ces liens ont toujours été économiques. Reconnaître l’existence de ces peuples, faire connaître leur culture n’est pas quelque chose de nouveau, aujourd’hui nous devons apprendre de ces peuples car leurs revendications nous montrent que les liens avec la Terre sont sacrés, ils se ressourcent, se développent, et cohabitent intégralement avec la fleur et la faune de leur environnement. Ce tourisme est riche en valeurs humaines, en valeurs de respect et voit dans les autres cultures une source d’apprentissage, une source de reconnaissance des peuples appelés il y a quelques siècles « Sauvages » parce que leur développement était différent; il était plus humain et développé dans le respect de la Nature. Aujourd’hui le monde souffre des conséquences de la destruction de l’environnement, cette fois c’est à nous d’apprendre de ces cultures pour pouvoir vivre en équilibre avec l’environnement et pour pouvoir respecter les autres peuples à travers ces valeurs culturelles, riches en connaissances, riches en respect des autres. Ces valeurs, ces cultures, sont les éléments les plus importants que j’ai voulu transmettre dans ce projet.
CREER UNE PRISE DE CONSCIENCE DES CULTURES DES PEUPLES INDIGÈNES DANS LE MONDE D’AUJOURD’HUI, EN SE CONCENTRANT SUR LES MAPUCHES DU CHILI, POUR ATTEINDRE UN NOUVEAU CONCEPT DE DURABILITÉ CULTURELLE ET NON D’EXTINCTION.
Les cultures natives sont oubliées. Étant l’essence d’un pays, elles devraient être mises en avant et avoir une plus grande importance, car nous avons beaucoup à apprendre d’elles, y compris sur l’histoire de leurs pays. D’autre part, il faut se rappeler que chaque grande nation qui existe aujourd’hui provient des racines des peuples originaux. Aujourd’hui, et depuis des siècles, les peuples indigènes originaires des pays d’Amérique latine luttent pour leur reconnaissance en tant que nations, pour leurs droits et pour l’unité dans la diversité. En effet, ils ont une conception de la vie différente du monde moderne individualiste dans lequel on vit ; l’harmonie et l’équilibre sont essentiels. Le peuple Mapuche est l’un des peuples indigènes les plus connus du Chili, tant pour son poids social et démographique que pour son fort sentiment d’identité culturelle, qui a historiquement trouvé des moyens de résister et de s’adapter à la dynamique des contacts frontaliers avec les Espagnols et les Chiliens. L’idée est de proposer un projet qui, par le biais d’une exposition immersive, se déroulera sous la forme d’un voyage à travers l’espace d’exposition afin d’expérimenter plus pleinement la culture exposée, cela pourrait créer une prise de conscience concernant peuple indigène Mapuche mais aussi un moyen d’apprendre à connaître sa culture avec tous les avantages que cela implique. La solution sera maintenant créée pour la communauté Mapuche mais elle sera applicable à toute autre nation indigène du monde.
Après avoir analysé les points clés de ma recherche et constaté les problèmes qui sont encore liés à la promotion des peuples indigènes, j’ai décidé de trouver une solution qui leur serait bénéfique sans perturber leur quotidien. En effet, les initiatives touristiques qui sont mises en place aujourd’hui pour faire connaître ces communautés, ne leur sont pas vraiment entièrement destinées (les revenus qui ne leur reviennent pas entièrement mais dont une partie va aux organisations ou gouvernements qui les aident à développer ces initiatives, les indigènes ne sont pas acteurs de ces initiatives mais sont encore parfois rabaissés au statut de victimes ou d’étrangers étranges que l’on va voir par curiosité et non par envie d’apprendre d’eux par exemple).
Mon idée était de créer un espace où le temps nous permet d’observer, de sentir et d’écouter leurs histoires, leurs vies, leur cosmologie, leurs revendications, ce genre de concept nous permettrait d’avoir une vision globale d’un peuple, pas seulement d’une partie de celui-ci, il nous permettrait de comprendre et de respecter un peuple.
Pour cela, j’ai décidé de choisir les quatre aspects les plus forts de la culture Mapuche et de les représenter de manière sensorielle dans une exposition sous forme de parcours. Chaque différent aspect sera représenté dans un espace qui lui est propre, des espaces construits à l’intérieur d’Utopia 126 pour pouvoir aussi profiter de ce lieu particulier et plein d’histoire.
Utopia 126, est un espace créatif utilisé comme lieu d’expositions éphémères mais aussi pour des événements artistiques et principalement pour des tournages. J’ai choisi ce lieu car il a une histoire puisqu’il fait partie du paysage barcelonais depuis 1906, ayant d’abord été une usine de tissus. Bien qu’il n’ait pas été rénové, il a conservé son charme d’antan et transmet toujours son histoire. C’est pourquoi j’ai choisi cet endroit, car étant dans une ville moderne qui bouge, cet espace semble figé dans le temps et par ses murs nous raconte une histoire, son histoire originelle.
Le premier espace, dans lequel nous nous trouvons presque immédiatement immergés, a été conçu comme une promenade au milieu de la forêt. L’idée était de représenter l’environnement dans lequel vivent les Mapuche afin que le visiteur se retrouve dans ce lieu sans avoir à se déplacer. La forêt étant extrêmement importante pour eux (ressource alimentaire, médicinale mais aussi spirituelle) je devais la représenter de manière à ce que les gens s’en souviennent ; le sol est recouvert de terre, les arbres sont représentés par de longues toiles qui pendent du plafond sur lesquelles sont projetées des images dynamiques d’arbres typiques de l’Auracanie (Région dans laquelle vivent principalement les Mapuche). En plus de l’aspect visuel, je voulais que le visiteur se sente encore plus comme transporté dans cet environnement et j’ai voulu recréer l’atmosphère de ce lieu par son odeur et son climat ; les odeurs de pin et de poleo sont très présentes lorsque l’on s’approche des villages Mapuche ainsi que cette sensation d’humidité lorsque l’on marche entre les arbres. Chaque personne se retrouvera au milieu de l’Auracania devant trouver son chemin au milieu de cette forêt vierge, ayant les toiles qui touchent leurs peaux comme le feuillage des arbres, laissant une trace de son parfum.
Le second espace représentera un aspect plus spirituel de la culture mapuche. La cosmologie est essentielle pour eux et fait partie de leur vie quotidienne ; c’est aussi ce qui peut dicter des pratiques spirituelles et sociales d’une extrême importance pour la communauté. Ils trouvent également certains signes, si l’on peut les appeler ainsi, auprès des esprits qui coexistent avec les animaux et les humains dans le monde naturel. Ces notions spirituelles sont complexes, mais comme nous l’avons expliqué plus haut, elles font partie intégrante de la culture mapuche, et si nous voulons la comprendre, nous devons nous renseigner sur la cosmologie et sur la manière dont ils peuvent interagir avec elle, et pourquoi elle est si importante. Pour cette raison, j’ai décidé de poursuivre cet espace avec l’idée d’une expérience sensorielle pour faire vivre pleinement la culture aux visiteurs. L’espace cosmologie est donc composé d’une installation lumineuse interactive au plafond qui la représentera et qui sera accompagnée d’une voix off explicative. Les gens pourront s’allonger sur de longs » bancs » en bois (matériau primaire dans la construction des meubles Mapuche) car pour comprendre et vivre ce concept il faut le faire en tant que Mapuche ; on contemple le ciel et pas seulement le regarder, c’est pourquoi j’ai tenu à ce que les visiteurs s’allongent pour se mettre en condition d’observer réellement les étoiles.
Le troisième espace est situé dans une autre salle d’Utopia 126, étant très long il a été possible de le diviser en deux parties pour pouvoir apprécier le lieu tout en suivant son parcours d’expérience native. C’était aussi une façon de transmettre un message, de faire un parallélisme dans la même voix que le projet, que deux cultures, l’une extrêmement ancienne et l’autre plus récente, peuvent coexister et s’enrichir mutuellement comme le font ici les deux espaces. Une longue rampe traversant la première partie de la salle nous conduit à une sorte de grande boîte en bois et peinte d’un bleu particulier ; ce bleu représente la cosmologie mapuche et est présent sur les drapeaux mapuches, il représente leur culture. Le sol de cet espace est légèrement surélevé afin que le visiteur se sente comme transporté dans une autre dimension, presque flottant, ce qui lui permettra de s’imprégner inconsciemment encore plus de l’expérience qu’il va vivre dans celui-ci. Une fois dans ce nouvel espace, le visiteur est immergé dans la culture et l’histoire du peuple Mapuche à travers les projections, sur le sol et les murs, d’images qui expliquent leur histoire mais aussi leurs revendications actuelles (un sujet de grande importance de nos jours non seulement pour les Mapuche mais aussi pour toutes les cultures indigènes du monde). Le visiteur se retrouve immergé dans le film documentaire, il aura la sensation de faire partie de cette histoire et ainsi s’imprégner encore plus des valeurs mapuches.
Enfin, le quatrième espace est situé dans une partie d’Utopia 126 ouverte sur l’extérieur et représente un aspect plus social de la culture. Il s’agit d’un bar circulaire couvert par le toit traditionnel d’une maison Mapuche (appelée Ruka) ; toit fait de bois et de paille. En outre, le bar est construit avec les mêmes matériaux que ceux utilisés par la communauté : terre crue, comptoir en bois brut et les sièges sont une version plus haute d’un tabouret mapuche, El wanko, également sculpté dans le bois. Le bar est entouré d’une fausse cheminée contenant un feu fait de vapeur et de lumière, comme dans la ruka on s’assoit en cercle autour du feu central. Pourquoi un bar comme dernier espace ? L’idée était de pouvoir faire l’expérience de la culture Mapuche une fois de plus en mangeant et en buvant des plats typiques autour du feu comme le font les membres de la communauté. Outre l’expérience gustative, c’est aussi l’aspect social mapuche qui est représenté ; c’est aussi autour du feu dans la Ruka que l’on raconte des histoires, que l’on tient des réunions importantes pour le village mais aussi avec d’autres représentants d’autres régions, que l’on discute de sujets importants et politiques, que l’on organise des cérémonies et bien d’autres aspects. Inconsciemment, le visiteur va s’asseoir à ce bar et raconter son expérience aux personnes avec qui il est venu ou aux inconnus assis autour du bar avec lui, la forme circulaire incitant au contact avec les autres personnes, il sera à nouveau plongé au cœur de la culture mais aussi participer sans le savoir à une tradition Mapuche.
Mon projet, étant une stratégie élaborée pour toutes les communautés indigènes du monde, peut être un bon point de départ pour changer la façon dont le monde les considère. En effet, les connaissances que nous avons aujourd’hui sont surtout académiques ou superficielles, en faisant vivre la culture aux gens, en les immergeant dedans, leurs points de vue peuvent changer plus fortement car c’est en vivant les choses que les gens se sentent plus affectés. Cela apportera également une connaissance plus approfondie d’une culture, pour mieux la comprendre. En travaillant sur mon projet, j’ai appris beaucoup de nouvelles choses que je ne connaissais pas même si je suis moi-même Mapuche, donc je peux déduire que cela pourrait arriver avec quelqu’un qui ne connaît pas cette culture et qui viendra voir l’exposition. D’un autre côté, mon projet pourra toucher un public plus large car, étant une exposition immersive, plus de personnes pourront venir la voir et apprendre à connaître une culture. Cela permettra de connaître une nouvelle communauté sans avoir à voyager et si un jour les visiteurs ont la chance d’aller sur le terrain, ils iront avec un regard différent ; ayant déjà eu l’expérience de leur culture à travers l’exposition, la comprenant mieux, lorsqu’ils rencontreront ces personnes, ils passeront d’égal à égal, d’humain à humain et non plus de voyageur attiré par la curiosité à des personnes dites » inférieures « .
Ces communautés ne sont pas inférieures, au contraire, leurs perceptions du monde, de la vie ont beaucoup à nous apprendre sur notre relation avec les autres mais aussi avec la Terre. Nous nous devons de prendre conscience de leur savoir et de les écouter car si une culture peut nous enrichir, c’est bien la leur et non l’inverse.